Depuis l’été 2018, les trottinettes électriques en libre-service ont envahi les rues des grandes métropoles de France et du monde. Parmi la quinzaine d’entreprises mettant des engins à disposition en Europe, Lime et Bird se distinguent. Il y a fort à parier qu’elles sortent gagnantes de l’appel d’offre lancé par Anne Hidalgo en octobre 2019. Comment les deux start-up américaines ont-elles réussi à s’imposer en si peu de temps ?

Lime et Bird, deux start-up qui narguent des géants du transport

Les sociétés Bird et Lime ont été créés à quelques mois d’intervalle en 2017. Elles ont aussi été les premières à fouler les trottoirs parisiens à l’été 2018. Ces deux start-up basées aux Etats-Unis ont rapidement grandi, malgré le lancement d’autres loueurs portés par des grands groupes, comme Hive (Daimler), Ufo (Volkswagen) et Jump (Uber). Leur plus grand exploit ? Avoir atteint le statut de licorne (jeune pousse valorisée à plus de 1 milliard de dollars) extrêmement rapidement !

Aujourd’hui, Lime et Bird dominent les marchés français, européen et américain. Alors qu’en France, Lime est légèrement en avance sur sa concurrente, avec une présence à Bordeaux et à Lyon, elles sont à égalité à Paris, où chacune déploie une flotte d’environ 1000 engins. Contrairement à leur dizaine de concurrents (Circ, Voi, Tier, Bolt, etc.) qui valsent au fil des mois, elles s’imposent dans le paysage des grandes villes de France.

Le modèle économique de Lime et Bird est-il durable ?

Comme leurs concurrentes, les deux sociétés ne sont pour l’heure pas rentables. Il faut dire qu’un tarif de 15 à 20 centime la minute ne peut pas compenser la durée de vie très courte des trottinettes, qui ne dépasse pas trois mois à Paris. D’autant plus que les sociétés sont invitées par la capitale à revoir leur modèle social, ce qui les a poussées à mettre fin au système des juicers à l’été 2019.

Quel est alors le secret des deux licornes californiennes ? Elles ont rapidement séduit des investisseurs de poids, sur le modèle d’Uber en son temps. A l’été 2018, Google investit 300 millions de dollars pour booster Lime, qui au final en a levé 467 millions lors de ce tour de table. Du côté de Bird, valorisée à 2,5 milliards de dollars fin 2019, la société vient d’en lever 275 millions supplémentaires. Cela devrait lui permettre de revoir son modèle d’affaires pour tenter de gagner en durabilité.

Quel avenir pour ces deux météores du transport léger ?

Coup dur pour Lime, qui vient de perdre le marché marseillais au profit de Bird, Circ et Voi, moins d’un an après son arrivée dans la cité phocéenne. En même temps, Bird amorce un virage stratégique afin d’assurer sa rentabilité. La société vient de mettre en place un système de sous-traitance au Canada, en Nouvelle-Zélande et en Amérique Latine afin de limiter ses coûts de gestion.

Pas sûr que ce modèle social et économique soit à l’ordre du jour d’Anne Hidalgo… Cependant, c’est peut-être la seule alternative à une rentabilité obtenue par une situation monopolistique permettant la hausse des tarifs. Les usagers lyonnais ont grimacé en juin dernier quand le tarif des Lime est passé de 15 à 22 centimes la minute sans préavis. Le marché des trottinettes en libre-service disparaîtra-t-il aussi rapidement qu’il est apparu ?

Rendez-vous dans quelques mois afin de voir qui, de Lime, Bird ou leurs concurrents, aura réussi à se tailler une part dans le gâteau parisien et à se conformer à la nouvelle loi LOM.